18 Août 2016

André Delons « Pour plus de franchise ».

Dès le titre de son article, André Delons donne le ton : il faut dire ce qui est et refuser de se cacher derrière une terminologie pour parer une absence d’arguments. Dans ce deuxième de trois textes qu’il donne à la revue Cinéa-Ciné pour tous réunis en l’année 1928, Delons suggère que l’on parle des films avec plus de franchise et que l’on cesse d’utiliser sans justification le terme de technique pour clore une argumentation sur les qualités d’un film.

Pour Delons, mettre de l’avant l’utilisation de surimpressions, de fondus enchaînés, ou encore de trucage n’est pas suffisant pour louer un film. Et dire de ce dernier qu’il témoigne d’habilités techniques et que ces qualités « méritent une mention distincte » (Delons 1928 (1er mai), p. 15) ne signifie rien du tout puisque « [t]ous les metteurs en scène […] connaissent ces procédés et si tous n’en usent pas bien, tous du moins pourraient le faire [….] » (ibid.). Brandir la technique comme argument revient alors à verser dans la facilité (« Prendre d’un film la frappante originalité de ses plans, la conduite habile d’un découpage, c’est trop facile vraiment » (Delons 1928 (1er mai), p. 16)) et à ne pas aller au bout de la réflexion. La technique est indissociable de l’inspiration qui agite le créateur – appelé au moins une fois, au fil du texte, auteur – et doit être associée à tout le reste pour créer une œuvre que le spectateur sera en mesure de comprendre ou d’aimer. Et cette compréhension ou cet amour du cinéma ne doit pas avoir recours à un terme principalement retenu pour désigner « l’usage de l’appareil et des procédés d’exécution » (ibid.).

Mais en pointant un état des choses courant dans les discussions au sujet du cinéma à la fin des années 20, Delons revendique une prise de position plus ferme. Pour lui, la distinction entre la forme et le fond que suppose cette étiquette technique ne doit plus avoir cours, car elle dénote une attitude de compromission, traduisant une certaine passivité vis-à-vis de l’expression cinématographique : « Et tout cela […] relève d’un esprit critique qui s’arrête à mi-chemin, qui s’en tient encore à distinguer ‘‘forme et fond’’ parce que c’est commode, admis et moins compromettant, sans voir que sur un certain plan, tout ou rien est la seule mesure » (ibid.).  Au final, Delons demande que l’on abandonne ce bouclier terminologique et que l’on assume clairement ses amours et désamours cinématographiques en acceptant le film comme une entité complexe dont les aspects techniques sont sans doute l’expression originelle.


Delons, André. 1928 (1er mai). « Pour plus de franchise ». Cinéa-Ciné pour tous réunis, no108, p. 15-16.

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